Bonjour,
Raconter de l’intérieur une campagne politique, c’est le défi qu’a relevé deux fois le photographe Niels Ackermann en suivant Pierre Maudet.
Niels Ackermann
Le 22 février à Genève, jour du verdict pour Pierre Maudet qui est condamné à des jours amende pour le volet du voyage à Abu Dhabi, mais blanchi pour la question du financement du sondage.
Niels Ackermann / Lundi13«T’es le photographe de Pierre Maudet.» Cette phrase, je l’ai entendue plusieurs fois, tantôt comme une question, tantôt comme une affirmation, après avoir couvert du premier au dernier jour la campagne du politicien genevois pour le Conseil fédéral en 2017. C’est la première phrase qui m’est venue en tête quand, en novembre 2020, le conseiller d’Etat, dépossédé de ses dernières prérogatives, annonçait simultanément sa démission et sa candidature à sa réélection. Pourquoi faire ce nouveau reportage? Ma motivation centrale restait la même qu’en 2017: raconter de l’intérieur comment se déroule une campagne politique hors du commun. Pas pour son acteur central, aussi flamboyant soit-il, mais pour le processus en lui-même.
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En 2017, il s’agissait d’aller au-delà du cliché éculé et bien mal nommé de la «nuit des longs couteaux» à l’hôtel Bellevue, à Berne, pour raconter les tractations et le travail de terrain d’un outsider pour séduire les parlementaires. Cette année, l’histoire est totalement différente: passé d’idole à ennemi public numéro 1, Pierre Maudet s’est lancé dans l’arène seul, sans parti, sans ressources et avec un très sérieux déficit d’image. Un combat annoncé par de nombreux médias et observateurs comme perdu d’avance. Mais c’était sous-estimer l’animal politique et sa motivation. Cette campagne s’annonçait homérique. Soit elle allait marquer un arrêt – pour un temps au moins – de la carrière du prodige de la politique genevoise, soit elle entérinerait son tonitruant retour. Dans un cas comme dans l’autre, l’histoire se devait d’être racontée!
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Niels Ackermann / Lundi13
Comme il y a trois ans, mon but n’était pas d’influencer le choix dans les urnes. C’est pourquoi vous ne découvrez ces images qu’après le jour du vote. Cette condition, voulue tant par le candidat que par moi, était la seule nécessaire pour obtenir une liberté de travail totale. Paradoxalement, j’ai rarement eu aussi peu besoin d’insister pour travailler librement qu’en baignant dans le secret de ces campagnes.
Ce qui m’a valu, et me vaudra probablement encore, l’appellation évoquée en préambule, c’est une des faiblesses inhérentes au travail sur un profil tel que le sien: du matin au soir, même après une éprouvante journée jalonnée de refus et d’échecs, l’homme ne se départit jamais de son sourire malicieux. Au point d’en devenir presque agaçant. La seule image qu’il reste possible de capter est celle d’un homme ne semblant jamais douter ni entrevoir d’autre issue possible que la victoire. Il décrit dans son livre Quarantaine pourquoi il a développé au fil du temps ce cuir épais. Un cuir néanmoins un peu émoussé par ces trois dernières années et l’affaire qui portera à tout jamais son nom.
Devant faire preuve de créativité pour aller chercher les voix dans le respect des règles sanitaires et en l’absence de nombreux relais, s’appuyant massivement sur une communication directe avec les électeurs, des réseaux sociaux aux arrière-salles de magasins, le candidat a mis en œuvre une campagne qui préfigure celles à venir. Même si le résultat n’est pas celui auquel il aspirait, son but ultime est atteint: être confirmé au pouvoir, ou démis, non pas par les médias, les réseaux sociaux ou ses ex-collègues, mais par les électeurs.
Le 12 janvier: la permanence. Le candidat indépendant à la Taverne de la Madeleine au centre-ville de Genève, où il rencontre de nombreux entrepreneurs désespérés par les effets de la crise sanitaire.
Niels Ackermann / Lundi13Le 13 janvier, «confinement politique». A la suite d’un rapport interne pointant du doigt sa gestion des employés du Département du développement économique, Pierre Maudet s’est vu retirer son dicastère fin octobre. Prié de quitter son bureau de la Vieille-Ville par ses collègues du gouvernement, il a déménagé dans un local de la Jonction, où on le voit ici au travail.
Niels Ackermann / Lundi13Le 22 janvier: préparation de la défense. Il a tenté, en vain, de faire modifier la date de son procès. Ses avocats, ici Grégoire Mangeat et Fanny Margairaz dans un bureau de l’étude Mangeat, plaideront l’acquittement, soulignant que le magistrat a été invité «comme des centaines d’autres VIP» au Grand Prix de Formule 1 d’Abu Dhabi.
Niels Ackermann / Lundi13Le 11 février: le travail de terrain. Un jeune entrepreneur vient rencontrer le candidat dans sa permanence d'Onex pour lui parler de son parcours, mais aussi pour lui proposer son aide pour améliorer son contact avec la jeunesse.
Niels Ackermann / Lundi13Le 11 février: la contrition. Les Genevois lui accorderont-ils leur pardon? C’est la question de la campagne. Lors de cette rencontre avec un groupe d’Onex qui prie régulièrement pour les élus, il se verra offrir un livre sur l’humilité.
Niels Ackermann / Lundi13Le 12 février: sans filtre. Etre proche des préoccupations des «vraies gens», répondre à toutes leurs questions, c’est la promesse de Pierre Maudet, qui se filme ici dans son bureau de la Jonction.
Niels Ackermann / Lundi13Le 22 février: le tribunal. Pierre Maudet en compagnie de son avocat Me Grégoire Mangeat (1er plan), le jour du verdict condamnant le magistrat pour le volet du voyage à Abu Dhabi en 2015, mais l'acquittant sur le financement d'un sondage.
Niels Ackermann / Lundi13Le 22 février: le verdict. Reconnu coupable d’«acceptation d’un avantage» pour le voyage à Abu Dhabi en 2015 avec sa famille et son chef de cabinet d’alors, Patrick Baud-Lavigne, Pierre Maudet se voit condamné par le Tribunal de police à 300 jours-amendes avec sursis et au versement d’une créance compensatrice de 50 000 francs à l’Etat. Comme le Ministère public, il fait immédiatement appel du verdict.
Niels Ackermann / Lundi13Le 23 février: le débat. Considéré comme «une bête politique», Pierre Maudet brille souvent lors de débats comme celui organisé par la télévision genevoise Léman bleu.
Niels Ackermann / Lundi13Le 3 mars: sillonner le terrain. Covid oblige, les réunions se font à l’extérieur, comme ici avec des jeunes de Thônex, pas forcément intéressés par la politique mais au courant de «l’affaire». Avec une énergie phénoménale, le candidat a multiplié les rencontres informelles, en petit comité, dans tout le canton.
Niels Ackermann / Lundi13Le 7 mars: le tram. Pierre Maudet sillonne le canton en transports publics.
Niels Ackermann / Lundi13Le 7 mars: la garde rapprochée. Aux côtés du candidat (de g. à dr.), celle qui a animé sa campagne, l’ex-restauratrice Nadège Perdrizat, l’ancien député PLR Jacques Jeannerat et le président du tout nouveau parti l’Elan radical, Roland-Daniel Schneebeli.
Niels Ackermann / Lundi13Le 7 mars: la surprise. Déjouant les pronostics qui le donnaient grand perdant à la suite de sa condamnation, il se place deuxième au premier tour de l’élection complémentaire, avec 23% des suffrages, derrière la candidate des Verts Fabienne Fischer.
Niels Ackermann / Lundi13Le 7 mars: le soutien. Après les résultats du premier tour, Pierre Maudet retrouve son épouse Catherine, avec laquelle il a trois enfants. Quelques jours plus tôt, devant le tribunal, elle a évoqué la droiture de son mari et les «valeurs importantes sur lesquelles il ne transige pas.»
Niels Ackermann / Lundi13Le 19 mars: aléas de campagne. Dans une poubelle, des flyers du candidat. Son slogan: «Libertés et justice sociale». Une référence claire à la devise radicale «Liberté humaine et justice sociale».
Niels Ackermann / Lundi13Le 28 mars: la défaite. Pierre Maudet a reconnu sa défaite et félicité son adversaire écologiste Fabienne Fischer, favorite de cette élection et soutenue par l'ensemble de la gauche, face à une droite éclatée et divisée.
Niels Ackermann / Lundi13Le 28 mars: l'au revoir. Avec 8.2% d'avance sur Pierre Maudet, la candidate verte Fabienne Fischer remporte l'élection. L'ex-PLR laisse entendre qu'il reviendra, après un temps de réflexion...
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