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Laurence Desbordes revient sur le pouvoir dénonciateur du cinéma. Si le grand écran permet de sensibiliser à la cause environnementale, il nous rappelle aussi que nous avons le pouvoir d'agir. Editorial.
Laurence Desbordes
Les marionnettes du nouveau film de Claude Barras, «Sauvages!», sont en préparation.
Valentin FlauraudL’image a le pouvoir de magnifier les choses, mais pas que. Elle nous ouvre aussi les yeux et nous sensibilise à une cause ou une autre. Avec l’état de santé préoccupant de la Terre, beaucoup de cinéastes ont décidé d’orienter le champ de leur caméra sur cette situation extrêmement alarmante. Certains le font à la sauce biopic hollywoodien, d’autres, avec moins de moyens, se dirigent vers la série européenne coup-de-poing. Et, enfin, certains choisissent la voie poétique.
C’est celle qu’emprunte avec talent, humilité et originalité le Sierrois Claude Barras. Après «Ma vie de Courgette», qui a décroché une foultitude de nominations sur le plan international et remporté une brassée de prix – dont le César du meilleur film d’animation en 2017 et le Prix du meilleur film de fiction suisse –, le réalisateur se lance dans une fable écologique située dans la forêt indonésienne. «Sauvages!», dont la sortie est prévue à l’automne 2024, nous plonge au cœur de l’île de Bornéo, pile là où les autorités locales ont décidé de raser des millions d’arbres pour bâtir une nouvelle capitale. Ce, bien sûr, sans se soucier des peuples autochtones ou de la flore locale.
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Avec ses 100 marionnettes aux grands yeux tendres et ses décors montés dans l’ancienne usine Panoval de Martigny, Claude Barras va créer un nouvel exploit artistique en donnant vie à une histoire qui, pour le citer, «parle de notre manière de cohabiter avec la nature». A travers la pellicule, le cinéaste dénonce ce que des humains avides de profit sont prêts à détruire au nom du dieu dollar et grave à jamais sur notre rétine l’histoire de ces orangs-outans en voie de disparition. Mais ce n’est pas tout. Il permet aussi aux spectateurs, petits et grands, de réaliser que tous, nous avons le pouvoir d’agir.
A une autre échelle, l’histoire renvoie aussi au combat de ces habitants du hameau de Corsy, à Lutry (VD), qui se mobilisent pour sauver de la tronçonneuse d’un promoteur immobilier un magnifique tilleul centenaire. Ou lorsque l’humain se décide à attaquer le mal par la racine.
Une dizaine de personnes sont engagées rien que pour la fabrication des marionnettes. Le coût est estimé à 1 million de francs. Voici une main – l’armature – comparée à l’échelle d’une main d’un artisan.
Valentin FlauraudLes artisants effectuent des tests «couleur» pour le pelage en mousse de latex d’Oshi, l’orang-outan.
Valentin FlauraudZoom sur la bouche de Kéria: comme tous les autres membres du casting, elle a 15 bouches pour dessiner différentes formes d’élocution. Chacune a des aimants qui adhèrent ensuite aux visages magnétisés. C’est également le cas pour les paupières, qui peuvent aussi bouger.
Valentin FlauraudLa pose des cheveux roses de Kéria. Une teinture finale choisie après plusieurs tests arc-en-ciel.
Valentin FlauraudVoici en avant-première les visages des protagonistes. Oshi, un petit orang-outan orphelin dans la forêt indonésienne, est l’un des nouveaux personnages. Il fait 6 cm. Il va se lier d’amitié avec Kéria, l’héroïne, qui fait 15 cm.
Valentin FlauraudA Reignier, en France voisine, dans l’atelier qui donne vie à Kéria et à ses compagnons. En tout, les créateurs et créatrices de marionnettes fabriquent 100 figurines. En cas de besoin, les protagonistes ont même des doublures pour le tournage. Alors que le tournage du film débute le 6 mars prochain à Martigny (VS), Claude Barras supervise les finitions de ces petits «actrices et acteurs sculptés».
Valentin FlauraudIci, on voit l’armature – un squelette avec toutes les articulations – qui se cache sous la résine, la mousse de latex ou le silicone qui composent les marionnettes.
Valentin FlauraudDans l’ancienne usine Panoval à Martigny, un lieu mis à disposition par Valais Film Commission, les décors de «Sauvages!» sont en train d’être montés. La halle de 2500 m2 voit «pousser» la forêt de Bornéo en miniature. Dès le 6 mars, 50 personnes seront sur place pour le tournage du film, qui va durer huit mois.
Valentin FlauraudLes troncs des faux arbres font 80 cm. Certains arbres font entre 3 et 6 mètres, mais ne sont pas entièrement construits. Il y aura aussi une petite rivière.
Valentin Flauraud