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La baronne Nadine de Rothschild a dîné avec Elisabeth II, qui lui a parlé dans un français parfait. Souvenirs et confidences, lors d’un repas en petit comité chez les Heinz, rois du ketchup.
Didier Dana
Nadine Tallier, comédienne de 24 ans, le 8 décembre 1956 à Londres. En 1964, elle renonça à sa carrière en épousant le baron Edmond de Rothschild.
-«Privilège de l’âge, je me souviens très bien du couronnement d’Elisabeth II, le 2 juin 1953. J’avais 21 ans et étais au début de ma carrière d’actrice. Sous le nom de Nadine Tallier, je commençais à tourner avec Marc Allégret, Jean Boyer, Léonide Moguy. Cinq ans plus tard, je rencontrais, au Festival de Cannes, un bel héritier, le fils de Lady Docker, dont le superbe yacht, le Shemara, mouillait au large.
Commença une idylle qui me mena très régulièrement à Londres, où je croisais, dans les clubs, la sœur de la reine, la princesse Margaret, alors amourachée du photographe Antony Armstrong-Jones qu’elle épousera en 1960. A la même époque, ma romance anglaise prit fin, mais le destin ne m’abandonna pas pour autant. Je fis la connaissance du baron Edmond de Rothschild et l’épousai en 1963. A son bras, je repartis à la conquête de Londres et me retrouvai un soir à la même table que la reine. C’était un dîner en petit comité chez les Heinz, le propriétaire du fameux ketchup. Elisabeth II se montra absolument charmante avec tout le monde.
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Bien sûr, c’est elle qui menait la conversation et j’attendais respectueusement qu’elle m’adresse la parole, ce qu’elle fit avec une gentillesse qui semblait non feinte, de sa voix aiguë et douce, et en français, car elle le maîtrise parfaitement.
Bien évidemment, on lui avait dit qui j’étais et surtout qui j’avais épousé…
Et comme par hasard, nous avons évoqué les voyages en France que faisait régulièrement sa mère, la Queen Mum, et plus particulièrement celui qui l’avait conduite dans les vignobles bordelais en 1977. Elle avait dormi à Mouton et était ensuite venue à Lafite. La famille l’avait reçue chaleureusement. On le sait, elle appréciait le vin français. Et le champagne! Comme sa fille du reste, avec toutefois plus de retenue. Mais jusqu’à récemment, la souveraine buvait un «dry» martini avant le dîner et une petite coupe avant de se coucher…
Pour en revenir au dîner, la conversation était des plus policées, ce que les Anglais appellent du «small talk», c’est-à-dire qu’aucun sujet polémique n’est abordé.
Je savais qu’Elisabeth II avait une passion folle pour les chevaux et les chiens. Je ne connaissais pas bien les premiers – bien que le père d’Edmond eût une écurie, tout comme le baron Guy (de Rothschild, propriétaire de haras, ndlr) –, quant aux seconds, nos gentils labradors ne pouvaient rivaliser avec sa meute de corgis!
L’idée de parler mode m’a traversé l’esprit, mais je me suis abstenue: les couturiers anglais n’étaient pas ma cup of tea et le sujet était périlleux. A peine le dîner achevé, elle se retira, libérant les autres invités, car on n’arrive pas après la reine et on ne part pas avant elle…
Après toutes ces années, il me reste de ce moment un souvenir de grande civilité. Cette aisance, ce maintien, ce sourire permanent, cette absence de tout mouvement d’humeur restèrent gravés dans ma mémoire. Elle devint mon modèle et, au fil des années, elle ne cessa de m’épater.
J’ai souvent dit et écrit qu’en épousant un Rothschild j’épousais une fonction. Mais que dire de la sienne?»
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Un peuple au rendez-vous: le couronnement, qui a coûté quelque 53 millions d’aujourd’hui, a passionné les Britanniques: 3 millions d’entre eux étaient dans les rues, 27 millions ont regardé la cérémonie à la télévision en noir et blanc et 11 millions l’ont écoutée à la radio, soit 40% de la population. Quelque 2000 journalistes et 500 photographes ont couvert l’événement vu par 300 millions de téléspectateurs dans le monde.
DRUn mari soumis à sa femme couronnée: comme le veut la tradition, à laquelle il a vainement tenté de s’opposer, le duc d’Edimbourg, mari de la reine, s’agenouille devant elle en signe d’allégeance. Il prend les mains de son épouse et dit: «Moi, Philip, je deviens votre fidèle homme lige ma vie durant», puis jure de se soumettre «avec l’aide de Dieu», avant d’embrasser la joue gauche de la souveraine.
Getty ImagesUn roi... sans couronne: Edouard VIII a abdiqué le 10 décembre 1936. La raison invoquée fut son mariage avec l’Américaine, et divorcée, Wallis Simpson (à g.). En fait, sa proximité avec les dignitaires nazis ne lui aurait pas permis de régner et le gouvernement l’aurait invité à se retirer. Le couple regarde le couronnement sur l’écran de télévision de la maison parisienne de Margaret Biddle (à dr.), une millionnaire américaine.
Alamy Stock PhotoSourire éclatant au balcon de Buckingham: le 2 juin 1953, la reine apparaît enfin couronnée au balcon du palais de Buckingham. Elle sourit, pleinement épanouie, aux côtés de son mari et de leurs deux enfants, le prince Charles et la princesse Anne, qui saluent la foule. Elle est le 40e souverain à accéder officiellement à cette position sacerdotale mais ignore alors qu’elle va régner durant 70 ans, un record pour la monarchie britannique.
imago/United Archives InternatioCharles s’ennuie: le prince Charles, 4 ans et demi, montre peu d’enthousiasme, entre sa tante, la princesse Margaret (à dr.), et sa grand-mère, la reine mère Elizabeth. Tous trois assistent, comme 7340 invités, au couronnement. Ils sont dans la Royal Box, tribune couverte, située à une dizaine de mètres du cœur de la cérémonie.
DRLa robe de couronnement: la reine portait une robe de soie blanche signée Norman Hartnell, qui avait soumis neuf dessins différents à Sa Majesté. Elle fit ajouter aux broderies différents emblèmes floraux du Royaume-Uni, la rose pour l’Angleterre, le chardon pour l’Ecosse, le trèfle pour l’Irlande, plus ceux des nations du Commonwealth, dont la feuille d’érable pour le Canada, la fougère pour la Nouvelle-Zélande, la fleur de lotus pour Ceylan (aujourd’hui Sri Lanka). La reine sera surprise par un discret détail, soit un minuscule trèfle à quatre feuilles, brodé par les couturières, en guise de porte-bonheur.
CAMERA PRESS/Cecil BeatonLa couronne d’Etat impériale: lors de la cérémonie, Elisabeth II est coiffée de deux couronnes. Celle de Saint-Edouard, symbole de l’autorité royale, est en or massif et pèse environ 2,2 kg. La reine va ensuite coiffer la couronne d’Etat impériale, dite d’apparat, pour les photos officielles. Elle est constituée de joyaux historiques, dont le rubis du Prince noir, pierre semi-précieuse que le roi de Castille, dit Pedro le Cruel, aurait donnée à Edouard, dit le Prince noir, en 1367 pour l’avoir aidé à vaincre un rival.
DRUn diamant hors norme: le sceptre à la croix, symbole du pouvoir de la royauté et de la justice, est reçu par la reine en fin d’investiture, avant son couronnement. George V avait fait ajouter le diamant Cullinan I, appelé aussi Grande Etoile d’Afrique. C’est le plus gros diamant blanc taillé de qualité supérieure du monde. Il pèse 530,2 carats. L’autre sceptre du monarque est appelé sceptre à la colombe. Il est surmonté d’un volatile en émail aux ailes déployées, perché sur une croix symbolisant le Saint-Esprit et la miséricorde.
DRL’anneau à la main droite: l’anneau de mariage d’Angleterre, placé à l’annulaire droit, fut fabriqué pour le couronnement de Guillaume IV, en 1831. Cette pièce en or porte en son centre un saphir octogonal incrusté de quatre rubis rectangulaires et d’un carré formant une croix bordée de 14 diamants. Il a été porté à chaque couronnement depuis plus de deux cents ans, à l’exception de la reine Victoria, dont les doigts étaient trop fins.
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