Bonjour,
Retour sur les élections en Suisse romande de ce week-end, qui ont donné lieu à des changements visibles... et durables?
Stéphane Benoit-Godet
La Suisse romande a vécu un week-end électoral décisif. Il y a eu comme un changement d’heure, une prise de conscience.
L’Arc lémanique est une grande ville et, comme dans bien des métropoles, son électorat est majoritairement de gauche. C’est vrai dans les agglomérations vaudoises, mais surtout à Genève, qui – au niveau du canton – bascule de ce côté-ci de l’échiquier pour la seconde fois seulement depuis l’après-guerre. Quand on est urbain dans ce premier quart de siècle covidé, on s’intéresse davantage à l’écologie, à la place des femmes et des minorités dans la société ou au care qu’aux thèmes de la droite traditionnelle, devenus ringards et anecdotiques.
Il ne s’agit pas d’un jugement de valeur mais d’un constat: au moment où la société change à toute vitesse, les débats majeurs deviennent à la fois toujours plus complexes et globaux. L’idéologie basée sur la seule responsabilité individuelle ne cadre pas avec l’époque. «La même taille pour tous», c’est étriqué en 2021. Et, pour tout dire, ça sonne même un peu comme le discours de la gauche des années 1990.
Le 12 janvier: la permanence. Le candidat indépendant à la Taverne de la Madeleine au centre-ville de Genève, où il rencontre de nombreux entrepreneurs désespérés par les effets de la crise sanitaire.
Niels Ackermann / Lundi13Le 13 janvier, «confinement politique». A la suite d’un rapport interne pointant du doigt sa gestion des employés du Département du développement économique, Pierre Maudet s’est vu retirer son dicastère fin octobre. Prié de quitter son bureau de la Vieille-Ville par ses collègues du gouvernement, il a déménagé dans un local de la Jonction, où on le voit ici au travail.
Niels Ackermann / Lundi13Le 22 janvier: préparation de la défense. Il a tenté, en vain, de faire modifier la date de son procès. Ses avocats, ici Grégoire Mangeat et Fanny Margairaz dans un bureau de l’étude Mangeat, plaideront l’acquittement, soulignant que le magistrat a été invité «comme des centaines d’autres VIP» au Grand Prix de Formule 1 d’Abu Dhabi.
Niels Ackermann / Lundi13Le 11 février: le travail de terrain. Un jeune entrepreneur vient rencontrer le candidat dans sa permanence d'Onex pour lui parler de son parcours, mais aussi pour lui proposer son aide pour améliorer son contact avec la jeunesse.
Niels Ackermann / Lundi13Le 11 février: la contrition. Les Genevois lui accorderont-ils leur pardon? C’est la question de la campagne. Lors de cette rencontre avec un groupe d’Onex qui prie régulièrement pour les élus, il se verra offrir un livre sur l’humilité.
Niels Ackermann / Lundi13Le 12 février: sans filtre. Etre proche des préoccupations des «vraies gens», répondre à toutes leurs questions, c’est la promesse de Pierre Maudet, qui se filme ici dans son bureau de la Jonction.
Niels Ackermann / Lundi13Le 22 février: le tribunal. Pierre Maudet en compagnie de son avocat Me Grégoire Mangeat (1er plan), le jour du verdict condamnant le magistrat pour le volet du voyage à Abu Dhabi en 2015, mais l'acquittant sur le financement d'un sondage.
Niels Ackermann / Lundi13Le 22 février: le verdict. Reconnu coupable d’«acceptation d’un avantage» pour le voyage à Abu Dhabi en 2015 avec sa famille et son chef de cabinet d’alors, Patrick Baud-Lavigne, Pierre Maudet se voit condamné par le Tribunal de police à 300 jours-amendes avec sursis et au versement d’une créance compensatrice de 50 000 francs à l’Etat. Comme le Ministère public, il fait immédiatement appel du verdict.
Niels Ackermann / Lundi13Le 23 février: le débat. Considéré comme «une bête politique», Pierre Maudet brille souvent lors de débats comme celui organisé par la télévision genevoise Léman bleu.
Niels Ackermann / Lundi13Le 3 mars: sillonner le terrain. Covid oblige, les réunions se font à l’extérieur, comme ici avec des jeunes de Thônex, pas forcément intéressés par la politique mais au courant de «l’affaire». Avec une énergie phénoménale, le candidat a multiplié les rencontres informelles, en petit comité, dans tout le canton.
Niels Ackermann / Lundi13Le 7 mars: le tram. Pierre Maudet sillonne le canton en transports publics.
Niels Ackermann / Lundi13Le 7 mars: la garde rapprochée. Aux côtés du candidat (de g. à dr.), celle qui a animé sa campagne, l’ex-restauratrice Nadège Perdrizat, l’ancien député PLR Jacques Jeannerat et le président du tout nouveau parti l’Elan radical, Roland-Daniel Schneebeli.
Niels Ackermann / Lundi13Le 7 mars: la surprise. Déjouant les pronostics qui le donnaient grand perdant à la suite de sa condamnation, il se place deuxième au premier tour de l’élection complémentaire, avec 23% des suffrages, derrière la candidate des Verts Fabienne Fischer.
Niels Ackermann / Lundi13Le 7 mars: le soutien. Après les résultats du premier tour, Pierre Maudet retrouve son épouse Catherine, avec laquelle il a trois enfants. Quelques jours plus tôt, devant le tribunal, elle a évoqué la droiture de son mari et les «valeurs importantes sur lesquelles il ne transige pas.»
Niels Ackermann / Lundi13Le 19 mars: aléas de campagne. Dans une poubelle, des flyers du candidat. Son slogan: «Libertés et justice sociale». Une référence claire à la devise radicale «Liberté humaine et justice sociale».
Niels Ackermann / Lundi13Le 28 mars: la défaite. Pierre Maudet a reconnu sa défaite et félicité son adversaire écologiste Fabienne Fischer, favorite de cette élection et soutenue par l'ensemble de la gauche, face à une droite éclatée et divisée.
Niels Ackermann / Lundi13Le 28 mars: l'au revoir. Avec 8.2% d'avance sur Pierre Maudet, la candidate verte Fabienne Fischer remporte l'élection. L'ex-PLR laisse entendre qu'il reviendra, après un temps de réflexion...
Niels Ackermann / Lundi13Les grandes villes occidentales, de Paris à Londres, en passant par New York, en font le constat. Les bobos sont bel et bien là depuis une quinzaine d’années, et une lecture binaire et strictement locale des enjeux publics ne les emporte pas. Même en Valais, qui reste à droite, les électeurs cassent la formule d’un PDC majoritaire pour que de nouveaux thèmes naissent de la diversité.
En politique, il y a les idées, mais il y a aussi les personnalités qui comptent. Certaines ont la capacité de renverser l’ordre établi. Pierre Maudet – qui s’est entêté jusqu’à être sanctionné par le peuple, après la justice – a mené une campagne qui restera comme un objet politique unique. Fini le commando d’experts qui l’entourait pour la course au Conseil fédéral en 2017, place à la débrouille et aux promesses populistes pour capter le plus possible de cabossés de la pandémie.
Son parcours politique a-t-il été stoppé définitivement ce dimanche? Un tiers des Genevois ne le pensent pas. Souvenons-nous que Donald Trump s’est décidé à se lancer dans la course pour la présidence lors d’une soirée où Barack Obama l’a humilié devant tout Washington. Pour ceux qui carburent uniquement à l’ambition, ce sentiment constitue un puissant produit dopant.
Niels Ackermann / Lundi13