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Sans une greffe de cellules souches, Sara n’aurait pas survécu à la leucémie foudroyante qui l’a frappée en 2012. Le point sur les cellules souches, leur utilité, les maladies qui nécessitent d’en recevoir et les explications pour devenir donneur.
Baumann Patrick
Chaque année, plus d’un millier d’enfants et d’adultes sont touchés en Suisse par la leucémie ou une autre maladie du système hématopoïétique. Beaucoup d’entre eux peuvent être soignés grâce à une transplantation de cellules souches du sang, qui représente leur seul espoir de guérison.
Une greffe encore parfois mal connue du grand public, qui se pratique en Suisse dans trois centres spécialisés, à Zurich, à Bâle et à Genève.
Mais pour près de 40% des patients, impossible de trouver un donneur dans le monde, d’où l’importance de promouvoir régulièrement le don de cellules souches. Le point en huit questions avec le professeur Yves Chalandon, chef du Service d’hématologie et responsable de l’unité d’hématologie oncologique et de transplantation allogénique de cellules souches hématopoïétiques aux HUG.
On peut dire que le ciel lui est tombé sur la tête le 19 décembre 2012. Au départ, c’est un rhume qui ne passe pas, une grosse fatigue, un manque d’appétit, rien de très inquiétant, mais qui nécessite malgré tout une visite médicale. Le diagnostic tombera quelques heures plus tard: leucémie myéloïde aiguë (LMA), plus communément appelée leucémie foudroyante. L’urgence est là. «Si j’avais attendu encore une semaine, je ne serais pas ici aujourd’hui pour témoigner», assure cette Valaisanne de 44 ans qui revient de loin. «C’est une question d’heures», lui dira le spécialiste à l’hôpital de Sion. Juste le temps pour Sara Sierro de prendre congé de ses trois enfants en essayant de retenir ses larmes et il faut filer au CHUV.
L’émotion l’étreint à l’évocation de ces heures difficiles. Elle nous explique son parcours dans un restaurant de Sierre, au côté de son frère Julien. Tous deux sont présents pour témoigner et inciter à donner ses cellules souches. «Cela ne coûte rien, c’est comme un don de sang», affirme le Valaisan qui a donné les siennes pour sauver sa sœur. Ces précieuses cellules souches présentes dans la moelle osseuse qui sont à l’origine de nos cellules sanguines.
Au sein d’une fratrie, les chances d’être compatible varient entre 25 et 30%. Ce qui est touchant, c’est que ces deux-là n’ont jamais douté de l’être, comme si la compatibilité affective se doublait d’une compatibilité génétique. «Avant la greffe, j'avais le rhésus 0+; aujourd'hui, je suis A+, comme mon frère. Nous avons désormais le même ADN au niveau du sang», sourit Sara.
La jeune femme a été greffée le 10 juillet 2013 à Genève, par le professeur Chalandon. Mais elle a subi auparavant trois cures de chimiothérapie intensive au CHUV, un traitement anti-cancéreux parmi les plus agressifs, explique-t-elle, «celui où l’on s’approche le plus près de la mort. A chaque séance de chimiothérapie, l’infirmière devait mettre des gants pour se protéger, le produit injecté étant à la fois un médicament qui sauve mais aussi un poison. Je ne pouvais plus manger, j’avais le système digestif complètement brûlé. Je disais intérieurement au produit qu’on m’injectait par voie veineuse: «Va où tu veux, mais tu m’enlèves cette saloperie, j’ai trois enfants à élever et à marier!»
Sa jeunesse est un avantage mais aussi un danger, car la maladie progresse plus vite. Au vu de son immunité réduite à zéro, la moindre blessure ou infection pouvait lui être fatale. «C'est mon père qui me coupait les ongles. Mon état pouvait se détériorer en quelques minutes! Heureusement, j’ai pu compter sur le soutien de ma famille, de mon compagnon, qui tenait mon verre quand je ne pouvais pas boire toute seule, de ma maman, qui s’occupait de mes enfants.»
Le 9 juillet, un jour avant la greffe et après avoir suivi un traitement sur cinq jours pour stimuler son système immunitaire et par conséquent la production de cellules souches, son frère Julien s’en fait prélever 8 décilitres. Toutes les autres substances sanguines non nécessaires lui seront ensuite retransfusées. «C’était mon anniversaire, il m’a envoyé une photo, se souvient Sara, des brillances dans les yeux. Ma fille fêtait ses 10 ans le lendemain, le jour de la greffe, je me suis dit qu’il y avait trop de signes pour que ça ne marche pas!»
Avant l’intervention, son fils a aussi demandé si, avec le sang de son tonton dans les veines, sa maman allait savoir jouer de la guitare et faire de la moto comme lui! Sourire. Sara le reconnaît, l’humour, qui ne manque pas dans la famille, l’a souvent aidée à traverser cette épreuve!
Deux semaines après la greffe, son taux de globules blancs est déjà monté à 0,1%: c’est bon signe, les cellules souches de Julien se sont mises au travail. Six semaines plus tard, il grimpera à 1%. Le taux d’une personne en bonne santé oscille entre 5 et 10%. «C’était comme gagner au loto», lance-t-elle avec enjouement. Le retour à Miège peut dès lors être envisagé, mais Sara devra encore s’astreindre à un régime alimentaire strict et ne voir personne. Le 21 octobre, c’est l'arrêt des médicaments anti-rejet. Puis, six mois plus tard, la reprise de son activité d’ergothérapeute à 20%. Aujourd’hui, c’est une femme reconnaissante et en bonne santé qui témoigne, même si parfois la maladie se rappelle à son bon souvenir, avec une baisse d’énergie sans raison apparente, des intestins fragilisés par les nombreuses chimiothérapies... Mais le positif reprend très vite le dessus. «C’est une chose avec laquelle je dois vivre. Je sais que je suis une miraculée!»
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Vous recevrez un en retour, par la poste, un kit qui contient un acte de consentement et des bâtonnets pour effectuer un prélèvement dans la bouche, qui permettra de déterminer les caractéristiques tissulaires du futur donneur.